Voilà bien longtemps que j’entends parler de la teinture à l’avocat sans avoir encore jamais expérimenté.
Enfin jusqu’à ce jour, car j’ai enfin testé la teinture végétale à l’avocat. D’ailleurs je suis tellement enthousiaste que je ne sais pas trop par où commencer.
Mais avant toute chose, je dois vous prévenir que cet article est un retour d’expérience, il n’y a pas de règle absolue quant aux couleurs obtenues.
Comme toutes les teintures végétales, les tons issus de l’avocat dépendent de plusieurs paramètres.
Comme je ne suis pas experte, je ne saurais vous donner l’indice PH des différents bains de teinture que j’ai réalisés.
Car, que la teinture soit à l’avocat, à la rhubarbe, au chou rouge ou encore au curcuma, tout est question de chimie.
Mais finalement, tout est question de chimie, toujours.
Chaque jour, chacun d’entre nous se transforme en petit chimiste. En cuisine, dans la salle de bains ou encore en expérimentant la teinture à l’avocat.
teinture à l’avocatCrédit : @amandebasilic
Les paramètres de la teinture à l’avocat
Car la teinture à l’avocat (dans mon expérience) a permis d’obtenir des tons allant du rose saumon pâle au chocolat en passant par le mauve.
Je vous explique.
D’une manière générale, les noyaux et les peaux d’avocat donnent des tons allant du rose pâle au rose soutenu. Cela dépend
de la quantité de peaux et de noyaux
et du rapport peaux/noyaux (les noyaux permettent d’obtenir des tons plus foncés que les peaux)
mais aussi du temps de cuisson des peaux et des noyaux
comme du temps de cuisson du tissu (ou de la laine pour celles et ceux qui veulent teindre de la laine)
et du temps de macération dans la cuve avant rinçage et séchage
mais encore du PH de l’eau utilisée
du tissu employé (le lin et le coton réagissent différemment)
et même de l’ustensile de cuisson
Donc, chaque journée de teinture à l’avocat est différente. Enfin, disons plutôt que le résultat de chaque journée de teinture à l’avocat peut réserver des surprises.
Mais rassurez-vous, vous n’allez pas vous retrouver avec un tee-shirt vert 😉
Quoique.
teinture à l’avocatCrédit : @amandebasilic
Les tons obtenus avec la teinture à l’avocat
Comme j’aime bien travailler avec les plantes, et que la chimie me plaît depuis le lycée, je n’ai pas résisté à quelques expérimentations avec ma teinture à l’avocat.
Donc, j’ai mordancé mon tissu dans la dernière phase de teinture, on appelle ça le nuançage.
Pour obtenir un rose plus franc, moins saumon, j’ai ajouté un peu de vinaigre dans le bain de teinture refroidi après cuisson mais avant d’y plonger le tissu.
Par contre, pour arriver à un ton gris- parme, j’ai ajouté à peine, mais vraiment à peine de soupe de clous (acétate de fer). 1 cuillère à café dans ma cuve. Les tanins de l’avocat réagissent aux sels de fer pour nous offrir de magnifiques couleurs.
Et pour ce fameux ton chocolat que j’aime beaucoup et qu’on ne voit jamais malheureusement, j’ai ajouté un peu plus d’ acétate de fer dans mon bain de macération. Très vite, le coton a pris cette jolie teinte chocolat. On dirait une glace, j’adore.
Ce qui est très pratique avec la teinture à l’avocat, c’est qu’il n’y a pas de mordançage préalable. Car les tanins de l’avocat étant puissants, la couleur se fixe sans problème sur le tissu. Tiens encore un peu de chimie.
teinture à l’avocatCrédit : @amandebasilic
La teinture à l’avocat, une méthode simple
Au fait, le mordançage est un procédé qui consiste à cuire son tissu (ou laine) dans une eau additionnée d’une substance qui va permettre à la couleur de se fixer aux fibres du tissu.
Cette substance est souvent de l’alun, ou de l’alun additionné de crème de tartre ou encore de lait de soja.
Pour l’instant, je n’ai testé que le mordançage au lait de soja pour une teinture végétale au chou rouge. Couleurs magnifiques qui sont parties au 1er lavage ….
Donc, je vous en reparlerai plus tard quand j’aurai réussi à stabiliser tout ça.
Pour en revenir à notre sujet du jour, la teinture à l’avocat, c’est sans doute l’une des plus simple à réaliser.
Les résultats peuvent être différents à chaque fois, mais les tons sont toujours jolis, donc n’hésitez pas, l’expérience est très gratifiante.
Avant de vous donner ma recette de la teinture à l’avocat, voici celle qu’on appelle la soupe de clous ou acétate de fer en langage plus correct.
Jeter des clous rouillés dans un bocal en verre et compléter avec du vinaigre blanc, parfois on trouve ⅓ de vinaigre et ⅔ d’eau. Remuer et laisser macérer 1 mois, prélever suivant les besoins.
teinture à l’avocatCrédit : @amandebasilic
Le papier aussi se teint
Bientôt la recette mais je voulais vous dire aussi que la teinture à l’avocat fonctionne très bien sur le papier.
Pour réaliser les feuilles dans un dégradé de rose, j’ai simplement plongé les feuilles sèches dans le bain de teinture à l’avocat, plus ou moins longtemps en fonction du ton désiré.
Puis je les ai mises à sécher sur un fil à linge tout simplement.
Allez, passons aux choses sérieuses, la teinture. Et si après la teinture à l’avocat, vous avez envie de continuer les expériences, testez la teinture à l’indigo et la technique du shibori.
Le monde fascinant des teintures végétales s’ouvre à peine à moi, je reviendrai vers vous dès qu’une expérimentation sera concluante et digne d’être partagée.
Un livre aux éditions Eyrolles que tout le monde conseille aux débutants, pour sa qualité et sa passion, Teintures végétales d’ Aurélia Wolff et Caroline Gomez.
teinture à l’avocatCrédit : @amandebasilic
la recette
Mode cuisine
Total:
Préparation:
Difficulté:
Coût:€
Fournitures
Peaux et noyaux d'avocats (bien mûrs)
Outils nécessaires
Tissu ou papiers
Instructions
1.
Pour commencer la teinture à l’avocat, mangez des avocats bien mûrs et gardez les peaux et les noyaux. Entre 50 et 100 % du poids de la fibre seront nécessaires pour la teinture à l’avocat. Donc, peser votre fibre à teindre et vos restes d’avocat. Puis, gratter soigneusement les peaux et les noyaux pour enlever toutes traces de chair, faire sécher.
2.
Lorsque les peaux sont sèches, les écraser grossièrement au pilon ou à la main, quant aux noyaux, ils s’ouvrent souvent en deux quand ils sont bien secs.
3.
Ensuite, déposer les peaux et noyaux (on compte généralement 3 avocats pour un torchon mais vous pouvez en mettre davantage et procéder à la teinture à l’avocat de plusieurs tissus) dans une bassine, remplir d’eau et cuire 1 heure après ébullition. Le jus va devenir rouge. J’utilise une ancienne bassine en acier galvanisé trouvée par hasard dans un vide-grenier.
4.
Puis, deux possibilités. Soit vous laissez toute une nuit pour obtenir des tons plus soutenus lors de la teinture à l’avocat, ou vous passez à la phase teinture.
5.
Pour teindre, commencer par filtrer le jus de peaux et de noyaux et, plonger les fibres préalablement mouillées et essorées. Porter à nouveau à ébullition et cuire 1 heure. En réalité, le temps de cuisson dépend du ton que vous souhaitez obtenir. Sur mes photos, les tissus ont cuit 1 heure dans le bain de teinture.
6.
Puis laisser refroidir les fibres dans la bassine de teinture à l’avocat. L’oxydation qui va se produire pendant cette phase de macération va permettre d’obtenir des tons plus soutenus. C’est également à ce moment là que vous pouvez jouer sur les nuances.
7.
En incorporant une base comme du bicarbonate de soude, de l’acide avec le vinaigre blanc ou le jus de citron ou encore des tanins ferriques avec le fer rouillé.
8.
Bicarbonate pour des tons plus doux, rosés : 2 cuillères à soupe par litre de bain de teinture.
9.
Acétate de fer pour des tons gris – parme : la quantité dépend du ton désiré. Comme je le disais plus haut, une cuillère à café dans 2 litres de teinture pour obtenir mon tee-shirt gris-parme. Et beaucoup plus pour le ton chocolat.
10.
Lorsque les tons vous conviennent, sachant que le rinçage et le séchage font perdre un peu d’intensité, rincer soigneusement la fibre et la faire sécher à l’ombre. Et voilà, admirez vos créations 🙂